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Guinée: embargo sur les armes et incertitude sur les intentions de Camara
De Susan NJANJI (AFP) – Il y a 6 heures
ABUJA — Les dirigeants des pays d'Afrique de l'Ouest ont décrété samedi un embargo sur les armes à l'encontre de la Guinée, lors d'un sommet à Abuja à quelques heures de l'expiration d'un ultimatum de l'Union africaine (UA) qui exige des responsables de la junte de ne pas se présenter à la présidentielle de janvier.
Le sommet de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest) s'est toutefois achevé sans que l'on sache si le chef de la junte de Conakry, le capitaine Moussa Dadis Camara, a l'intention de se plier avant minuit à l'ultimatum de l'Union africaine.
"Au vu des atrocités commises et des actions menées par le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, NDLR) pour se procurer de nouvelles armes, la Cédéao a décidé d'imposer un embargo sur les armes à l'encontre de la Guinée", indique le communiqué final du sommet de l'organisation.
La Cédéao demande à son actuel président, le nigérian Umaru Yar'adua, "de prendre toutes les mesures nécessaires pour obtenir le soutien de l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations unies pour l'imposition et l'application de cet embargo", selon le document.
Dans son discours d'ouverture, en présence notamment de ses homologues de Sierra leone, du Liberia, du Burkina Faso, du Bénin, du Togo et du président de la commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, Umaru Yar'adua a déclaré que la Cédéao ne pouvait "rester les bras croisés et regarder la situation dégénérer en conflit de proportion monumentale. C'est notre devoir de demander au chef du pouvoir militaire en Guinée de s'engager formellement à ne pas participer à la présidentielle".
"C'est dans l'intérêt de la Cédéao d'éviter une détérioration de la situation car les répercussions pourraient être catastrophiques" pour toute la région, a déclaré à l'AFP le représentant de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest Said Djinnit juste avant le sommet.
La Guinée est déjà suspendue des instances dirigeantes de la Cédéao depuis le 10 janvier suite au coup d'Etat militaire du 23 décembre 2008, peu après le décès du président Lansana Conte.
Vendredi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a ordonné une enquête internationale sur la répression d'une manifestation de l'opposition qui a fait plus de 150 morts, selon l'ONU, le 28 septembre à Conakry.
Le 12 octobre, la Cédéao avait fermement condamné ces "tueries brutales", le risque de "nouvelle dictature" et souhaité l'installation d'un régime de transition en lieu et place de la junte actuelle.
La Cour pénale internationale (CPI) procède de son côté à un "examen préliminaire" pour déterminer si des crimes relevant de sa compétence ont été commis le 28 septembre.
Selon un spécialiste, au delà d'une suspension déjà effective, l'organisation régionale de 15 Etats ne disposait pas de nombreux moyens de rétorsion, et il est probable que le médiateur nommé par la Cédéao, le président burkinabè Blaise Compaoré, va continuer ses contacts avec Conakry.
Concernant le Niger, dont le président Mamadou Tandja, au pouvoir depuis 1999, s'est octroyé en août une rallonge de trois ans, malgré une condamnation internationale unanime, la Cédéao lui a "demandé urgemment de suspendre indéfiniment les législatives du 20 octobre afin de favoriser le dialogue" politique.
La Cédéao a pris des sanctions limitées contre Niamey (interdiction de présenter des candidats pour des organisations internationales, d'organiser des réunions de la Cédéao) mais menacé de "sanctions complètes immédiates" en cas de refus du président Tandja d'obtempérer.
La présidente du Liberia et le président de la commission de la Cédéao sont attendus dimanche à Niamey pour une ultime tentative de conciliation.
La Guinée menacée d'une reprise des violences
in de semaine à haut risque à Conakry où l'isolement grandissant de la junte au pouvoir laisse craindre une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire.
L'ultimatum posé aux militaires guinéens par l'Union africaine (UA) arrivait en effet à échéance, samedi 17 septembre. L'organisation régionale demande au capitaineMoussa DadisCamara de s'engager par écrit à renoncer à se présenter à l'élection présidentielle sous peine de sanctions. Le 28 septembre, la manifestation de l'opposition réunie sur ce même thème avait été noyée dans le sang. L'armée avait tiré sur la foule tuant au moins 150 personnes.
De son côté, la Communauté économique desEtats d'Afriquede l'Ouest (Cedeao) devait se réunir, samedi à Abuja (Nigeria), au niveau des chefs des Etats membres, pour évaluer la situation, quelques jours après avoir demandé le départ de la junte du pouvoir.
ANew Yorkenfin, le secrétaire général des Nations unies,Ban Ki-moon, a annoncé, vendredi, la création d'une commission d'enquête internationale. Dirigée par l'Erythréen HailéMenkerios, sous-secrétaire général de l'ONU aux affaires politiques, elle sera chargée de faire la lumière sur les événements du 28 septembre et de "déterminer la responsabilité des personnes impliquées".
Face à ces différentes pressions, la junte se mure dans le silence, recroquevillée sur son quartier général du campAlpha YayaDiallo, à Conakry. Contre toutes les apparences,Idrissa Cherif, influent conseiller deDadis Camara, estimait, vendredi, que "la Guinée va bien, nous subissons plus de pressions extérieures qu'intérieures". Des dissensions apparaissent toutefois au sein du pouvoir. Phénomène inédit en Guinée, où les privilèges liés à la fonction n'ont jamais incité les ministres à démissionner, le gouvernement vient d'enregistrer le départ de son porte-parole ainsi que des détenteurs des portefeuilles de l'agriculture et de la fonction publique, qui protestent contre la tuerie de septembre. Actes individuels essentiellement symboliques au sein d'un gouvernement fantoche, ils illustrent toutefois le divorce entre les militaires et les civils.
Sécurité très dégradée
Malgré cela, plusieurs sources faisaient état de la décision de la junte d'organiser, samedi, une manifestation de soutien, au risque de provoquer des affrontements avec une grande partie de la population qui n'a pas fini d'enterrer ses morts. Dans cet environnement sécuritaire très dégradé, Paris conseille dorénavant à ses ressortissants de quitter le pays.
"Tout est possible en Guinée, puisqu'on ne sait plus très bien qui peut assurer la sécurité des civils", a déclaré, vendredi, le secrétaire d'Etat français à la coopération,Alain Joyandet. Il ne s'agit pas de "rapatriement" ni "d'évacuation " des quelque 2 500Français de Guinée, a précisé le porte-parole duQuai d'Orsay,Bernard Valéro, mais d'une "recommandation" conformément à un "principe de précaution". "Nous observons, en particulier dans la capitale, depuis plusieurs jours des actes de vandalisme, des agressions. Des hommes armés circulent sans aucun contrôle. Nous estimons que cela met en cause la sécurité de nos compatriotes", a ajouté M. Valero.
Plus alarmiste encore, le groupe de réflexion indépendantInternational CrisisGroup (ICG) a mis en garde, vendredi, contre le risque pour le pays "de s'enfoncer dans la guerre civile" qui pourrait déstabiliser l'Afrique de l'Ouest, "s'il n'est pas mis rapidement fin au régime militaire". ICG dénonce également "le recrutement de milices ethniques", notamment dans la région déjà instable de la Guinée forestière (sud-ouest).
Christophe Châtelot
Sommet de la CEDEAO sur la Guinée
Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a décidé samedi la création d'une commission d'enquête sur les violences du 28 septembre, chargée de déterminer la responsabilité des personnes impliquées. A Conakry, on notait une certaine tension à la veille de l’expiration samedi minuit de l'ultimatum de l'Union africaine. Le Conseil de paix et de sécurité de l'UA a prévenu jeudi les militaires : il y aura des sanctions s'ils ne s'engagent à ne pas participer à l’élection de janvier. Un sommet des Etats de l’Afrique de l'Ouest (CEDEAO) consacré à la situation en Guinée doit aussi se tenir samedi à Abuja.
Signera ou ne signera pas ? C'est la grande question qui agite Conakry depuis 24 heures. Moussa Dadis Camara acceptera-t-il de céder à l'ultimatum lancé par l'Union africaine et de signer une lettre dans laquelle il renonce à toute ambition présidentielle ?
Depuis hier, le président autoproclamé est soumis à deux courants d'influence farouchement opposés. Le premier composé de ministres qui lui sont proches, et de conseillers influents lui conseille de faire le dos rond et de laisser passer la tempête quitte à endurer l'épreuve des sanctions individuelles, quitte aussi à s'aliéner la communauté internationale.
Le second courant où l'on retrouve certains des militaires les plus influents de la junte lui demande, au contraire, d'ouvrir les yeux et d'organiser son départ, en proposant une transition vers un pouvoir civil. Un tel scénario ferait sûrement les affaires des chefs d'Etat de la Communauté ouest-africaine, réunis ce vendredi à Abuja, qui redoutent de voir Dadis Camara entraîner la sous-région dans un nouveau cycle de violence.
Pour l'heure, il est difficile de dire quelle voie empruntera Dadis Camara. Ces derniers jours, le capitaine-président a réuni les principaux chefs militaires, leur demandant de faire preuve de solidarité. Et après la prise de décision du chef de la junte d'autoriser à nouveau les manifestations politiques, ses supporters ont annoncé vouloir organiser samedi 17 octobre des meetings de soutien.
François Lonseny Fall, ancien Premier ministre de Guinée, président du FUDEC, parti d'opposition
« J’attends de ce sommet des décisions courageuses qui pourraient porter sur une condamnation ferme des massacres, viols et autres sévices commis par les forces de défense de la Guinée le 28 septembre. »
16/10/2009 par Christophe Boisbouvier
La France conseille à ses ressortissants de quitter le pays
Le Ministère français des Affaires étrangères recommande aux ressortissants français de quitter la Guinée. Le ministère invoque la dégradation de la situation sécuritaire notamment à Conakry. Cette recommandation ne signifie pas une évacuation des ressortissants français contrairement à certaines rumeurs qui circulent à Conakry.
Hervé Morin
Ministre français de la Défense
17/10/2009
La Chine s'apprête à investir massivement en Guinée
Avec notre correspondant à Pékin, Marc Lebeaupin
La Guinée a signé la semaine dernière un gigantesque contrat avec la Chine pour développer l’exploitation des richesses minières guinéennes.
Depuis plusieurs mois, le ministre guinéen des Mines a passé l'essentiel de son temps à Hong Kong pour négocier la création d'une société pétrolière, associant l'Etat guinéen à deux sociétés chinoises : la China-Sonangol (une société sino-angolaise), et la China-International-fund, un fond d'investissement basé à Hong Kong.
L'objectif est d'accélérer l'exploitation des gigantesques gisements de bauxite, peut-être les plus importants du monde, mais aussi d'or, d'uranium ou de pétrole. Selon le ministre, Mahmoud Thiam, ce contrat pourrait apporter à la Guinée entre 7 et 9 milliards de dollars, investis dans des opérations minières, mais aussi dans de nouvelles infrastructures. Un chiffre presque deux fois supérieur au PIB guinéen.
La Chine consolide ainsi ses approvisionnements en matière première, mais prend le risque une nouvelle fois d'être accusée de soutenir un régime très critiqué par la communauté internationale, depuis la sanglante répression du mois de septembre.
Interrogé à Pékin, le gouvernement chinois a fini par réagir avec quelques jours de retard, sans toutefois confirmer officiellement ces projets. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a expliqué que la coopération avec la Guinée était basé sur l'égalité et le bénéfice mutuel des intéressé. Une coopération en accord avec les normes internationales, et les intérêts fondamentaux des deux peuples.
La Chine, atout maître de la junte guinéenne
La repression sanglante de son opposition a attiré à la junte des condamnations internationales. Slate.fr décrit comment la Chine pourrait profiter de la situation d'isolement de la Guinée pour s'installer dans ce pays.
Que s’est-il passé le 28 septembre à Conakry? Des manifestants qui demandaient à la junte de tenir ses promesses, d’organiser des élections et de quitter le pouvoir ont été sauvagement assassinés. L’armée les a rassemblés dans un stade. Les militaires ont commencé à tirer. Ils ont tué plus de 150 manifestants. Des dizaines de femmes ont été battues et violées." " " " " " " particulièrement atroces ont fait le tour de la planète. Grâce à Internet en particulier, les photos des femmes martyrisées ont été vues par des millions de personnes à travers le monde. LeNew YorkTimes, qui s’intéresse peu d’ordinaire à ce pays francophone de dix millions d’habitants, a envoyé des reporters sur place. Ils ont donné la parole aux femmes violées.
Jamais auparavant l’armée guinéenne, pourtant réputée pour sa violence, n’avait eu recours au viol afin de terroriser les opposants. Même les dirigeants des pays voisins, au premier rang desquels le Sénégal, ont dénoncé la junte. De Conakry à Dakar, dans ces sociétés musulmanes, les violences faites aux femmes choquent et écoeurent particulièrement les populations. Il semble bien loin le temps où le Président Abdoulaye Wade faisait preuve d’indulgence à l’égard ducapitaine Dadis Camara, le chef de la junte. L’ensemble des puissances régionales se mobilisent pour la faire plier, la forcer à accepter la démocratie et le dialogue avec l’opposition. LaCEDEAO(communauté économique et de développement d’Afrique de l’Ouest) va adopter des sanctions à son encontre.
ABUJA — La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (Cédéao) se réunit samedi à Abuja pour trouver une issue à la crise en Guinée, où la tension monte avant l'expiration d'un ultimatum de l'UA, qui exige des responsables de la junte de ne pas se présenter à la présidentielle de janvier 2010.
Déjà suspendue des instances dirigeantes de la Cédéao depuis le 10 janvier suite au coup d'état du capitaine Moussa Dadis Camara du 23 décembre 2008, la Guinée s'expose désormais à des sanctions plus ciblées, comme une liste de personnes interdites de voyager à l'étranger ou un gel d'avoirs.
Le sommet des chefs d'Etat s'ouvre alors que le chef de la junte fait face à une pression internationale de plus en plus forte.
Vendredi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a décidé de créer une commission internationale d'enquête sur la répression d'une manifestation de l'opposition qui a fait plus de 150 morts selon les Nations unies, le 28 septembre à Conakry.
Lors d'un premier sommet le 12 octobre, la Cédéao avait fermement condamné ces "tueries brutales" et le risque de "nouvelle dictature". Son président en exercice, le Nigérian Umaru Yar'adua, avait déjà réclamé une enquête internationale sur "les graves violations des droits de l'homme incluant le massacre de civils désarmés et des viols", pour "identifier et poursuivre les coupables de ces actes devant des juridications guinéennes ou internationales".
La Cour pénale internationale (CPI) procède de son côté à un "examen préliminaire" de la situation afin de déterminer si des crimes relevant de la compétence de la Cour ont été commis le 28 septembre.
Dans son ultimatum, l'Union africaine a donné jusqu'à samedi minuit aux membres de la junte, notamment au capitaine Dadis Camara, pour s'engager par écrit à ne pas se présenter à la présidentielle de janvier, comme ils l'avaient promis lors du coup d'Etat.
Ces pressions tous azimuts ne semblent pourtant pas émouvoir outre mesure la junte au pouvoir à Conakry. "La Guinée va bien, nous avons plus de pression extérieure qu?intérieure", déclarait ainsi vendredi Idrissa Cherif, le conseiller spécial du capitaine Dadis Camara, à la télévision burkinabè.
Médiateur de la Cédéao dans le conflit, le président du Burkina Faso Blaise Compaoré "va faire (samedi) des propositions à ses homologues pour trouver une solution rapide à la crise", a indiqué à l'AFP l'un de ses conseillers.
Mais, relève un spécialiste, au delà d'une suspension déjà effective depuis janvier dernier, l'organisation régionale de 15 Etats ne dispose pas de beaucoup de moyens de rétorsion contre la junte de Conakry. "C'est un peu un gendarme sans bâton", estime le même spécialiste selon qui le sommet de samedi devrait surtout se traduire par la mise en route d'un processus relayé par l'Union africaine et l'ONU.
La Cédéao a également au menu une autre crise dans un autre de ses Etats membre : le Niger, où contre vents et marées, le président Mamadou Tandja, en place depuis dix ans, s'est octroyé en août dernier une rallonge de trois ans, malgré une condamnation internationale unanime.
Le sommet intervient à trois jours d'élections législatives au Niger. La Cédéao devrait proposer samedi le report de ce scrutin car, selon un responsable de l'organisation, la plupart des partis ont été de facto "mis hors jeu".
La Cédéao, qui a son siège à Abuja, compte quinze pays membres : huit francophones (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Sénégal et Togo), cinq anglophones (Gambie, Ghana, Liberia, Nigeria et Sierra Leone) et deux lusophones (Cap Vert et Guinée-Bissau). La Mauritanie s'en est retirée en décembre 2000.
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