20.07.2006

La société civile s'implique dans les conventions minières

 La société civile s'implique dans les conventions minières

 

- Les membres de la société civile guinéenne pourrait bientôt s'impliquer dans le processus de négociation et de révision des conventions minières, a appris lundi la PANA de source officielle.

C'est l'une des recommandations faites dimanche à Conakry, à l'issue d'une rencontre que la Banque Mondiale a organisée sur l'Initiative de transparence des industries extractives (l'ITIE) à l'intention du Conseil national des organisations de la société civile (CNOSCG), des sociétés minières et du ministère des Mines et de la Géologie.

Malgré les énormes potentialités minières (2/3 des réserves mondiales de bauxite, 2 milliards de tonnes de fer, plus de 300 tonnes d'or, etc.) et un chiffre d'affaires des industries extractives de 640 millions dollars US, les populations guinéennes connaissent une pauvreté croissante.

La rencontre recommande donc que les taxes payées par les sept compagnies minières en Guinée soient publiées et affichées pour une meilleure information des populations à la base.

Il est aussi demandé aux industries extractives de renforcer les connaissances des conseils préfectoraux sur les questions minières.

Outre la justification de l'utilisation faite des revenus miniers par les autorités administratives à la base, la rencontre a recommandé le reboisement et l'entretien des carrières exploitées par les sociétés minières.

Transparence dans la gestion des ressources minières La société civile sen préoccupe

Après des multiples rencontres organisées dans le cadre de l’instauration d’un véritable dialogue entre les différents acteurs de la scène politique guinéenne, le conseil national des organisations de la société civile guinéenne entend désormais ouvrer efficacement pour une gestion transparente des ressources minières du pays.

 

Pour y parvenir, les membres de la société civile, les syndicalistes, les autorités du ministère des mines, les responsables des sociétés minières ainsi que de nombreux élus locaux des différents sites miniers se sont rencontrés au cours dun tenu à Conakry du 14 au 16 juillet passé.

Au cours de la cérémonie d’ouverture, le président du conseil des organisations de la société civile guinéen dira toute limportance que revêt cette rencontre. Pour M. Ben Sékou Sylla, la quintessence de cette rencontre a pour objectif de donner de larges informations sur des questions liées notamment à la situation des ressources minières, à la gestion des recettes générées et à leur impact sur la vie socio économique des populations. De son côté, M. Zié Ibrahim Koulibaly de la Banque Mondiale dira que son institution accorde une grande importance à cette initiative. «Car, il s’agit dexploiter ces mines dans la plus grandes transparences, ceci pour le bénéfice de tous. A la longue, lobjectif est de créer un forum de dialogue entre les différents partenaires. Mais pour y parvenir il faut dès maintenant que chacun joue son rôle » dira en substance M. Koulibay.

M. Windo Kourouma, le représentant du ministre à la cérémonie douverture mettra surtout en relief lattachement du gouvernement à la transparence des industries extractives : « le gouvernement a la profonde conviction que la transparence des industries extractives est un impératif du développement. Cest pourquoi avant même ladhésion formelle de la Guinée à lITIE, le département des Mines avait déjà entrepris certaines actions pour la collecte et la diffusion de linformation sur limpact des mines sur le développement socio économique.

Aujourdhui plus que jamais, le gouvernement place la dimension humaine au cour de lactivité minière». M. Kourouma rappellera aussi la forte complémentarité qui existe entre lITIE, le diamant pour le développement, le processus de Kimberling, qui sont toutes des enceintes endossées par les Nations unies afin de préserver la paix et la sécurité. A noter quau cours de cette rencontre, à travers des exposés débats, il a été une fois de plus démontré que la Guinée mérite bien son nom de "scandale géologique". En effet, selon M. Chérif Diallo du ministère des mines et de la géologie, la Guinée recèle 29 milliards de tonnes de réserves identifiées sur un potentiel de 40 milliards. Avec bien sûre une drée dexploitation qui sétalera sur 16 siècles.

 


A cérémonie de clôture des travaux, dimportantes recommandations ont été faites dans le cadre de lamélioration de la gestion minière du pays. Un accent particulier aura été mis sur la transparence des industries extractives. En tous les cas, Ben Sékou Sylla, Bakary Fofana et Taran Diallo, respectivement président du CNOSCG, vice président du même CNOSCG et le président de lAssociation Guinéenne pour la Transparence comptent aller plus loin dans la lutte contre la mauvaise gestion des ressources économiques du la Guinée.  

AUTEUR: Mountagha Baldé

DATE: 19/07/2006 00:15:06

GUINEE

CATEGORIE: POLITIQUE

 

EMAIL : mountmane@hotmail.com

12.07.2006

Guinée-Conakry :

Rares sont les médias français qui se sont fait l'écho des événements tragiques qui se sont déroulés entre le 8 et le 13 juin en Guinée-Conakry. et qui auraient fait au moins 21 morts et 87 blessés

La Guinée - souvent appelée «Guinée-Conakry» pour la distinguer de ses voisines la Guinée-Bissau et la Guinée équatoriale - compte environ 9 millions d'habitants. Épargné jusqu'ici par les conflits qui secouent nombre de pays africains, ce pays reste cependant marqué par des années d'exploitation coloniale française (le premier comptoir français ayant été créé en 1714). Aujourd'hui encore, les exceptionnelles ressources minières (bauxite, or, diamant, uranium...) et agricoles (café, coton, fruits...) du pays ne profitent pas à la majorité de la population du pays, mais aux grands trusts occidentaux qui les exploitent et à une poignée de dirigeants locaux prompts à noyer toute velléité de contestation dans le sang. La Guinée est gouvernée par le général Lansana Conté, au pouvoir depuis le coup d'État militaire du 3 avril 1984.

D'après des témoignages parus dans le journal d'opposition La Lance du 14 juin, le début des événements remonte au 8 juin. Le récit des événements qui suit est en grande partie tiré de ce journal.

Face à la pénurie d'eau et d'électricité et à la hausse récente du prix du sac de riz et des carburants, la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) ont lancé un mot d'ordre de grève générale illimitée sur toute l'étendue du territoire guinéen.

Le 10 juin, un étudiant circulant à vélo a été écrasé par un camion devant le campus universitaire de Conakry. Les amis de la victime ont alors décidé de se rendre à pied à la morgue afin de lui rendre hommage. En chemin, ils ont croisé deux véhicules de l'armée. Les militaires, nerveux en cette période de grève, ont cru qu'ils avaient affaire à une manifestation étudiante et commencèrent à jouer de la matraque et de la crosse. Les étudiants ont répondu par des jets de pierres. Réfugiés dans leur campus, ils furent pourchassés par les militaires, cassant les portes des dortoirs, volant au passage de l'argent et des vêtements, défenestrant les jeunes qu'ils capturaient. Vingt-cinq étudiants ont été blessés et hospitalisés pour traumatismes crâniens, fractures, etc. Deux étudiantes ont été violées.

Le lundi 12 juin, au complexe scolaire Syba, les candidats au bac ont attendu plusieurs heures pour passer les premières épreuves, mais ni les surveillants ni les enseignants ne sont venus. Tous étaient en grève. Plusieurs milliers d'élèves ont alors décidé de se rendre à la Présidence afin de réclamer le passage de leur examen. Scandant des slogans hostiles au régime dictatorial en place, ils ont au passage saccagé la maison de Harouna Conté, frère du président.

Au début de cette matinée, un jeune apprenti chauffeur de 15 ans, Mamady Camara, a été renvoyé par son patron à cause de la grève générale. Arrivé au pont de Kénien, il s'est retrouvé au milieu de violents affrontements. Un gendarme lui a tiré dans le ventre. Mamady est mort quelques minutes plus tard. Vers 14 heures, un apprenti mécanicien de 17 ans, Mamadou Baïlo Barry, regardait passer la manifestation des lycéens. Un homme en uniforme s'est approché de lui et lui a tiré une balle à bout portant. Un camion militaire a aussitôt ramassé le corps.

Dans Conakry, les militaires appelés en renfort ont tiré sur la foule, faisant plusieurs morts et blessés parmi les manifestants.

Dans plusieurs quartiers de la commune de Ratoma, l'annulation du bac a aussi entraîné des manifestations. S'en sont suivis de la part des militaires des descentes musclées, des pillages, des bastonnades dans les maisons.

Le directeur général de la police et le directeur de la sûreté urbaine ont annoncé onze morts sur l'ensemble du territoire guinéen. Selon ce dernier, deux seulement sont des lycéens, les autres étant des «loubards» excités par l'opposition! Selon le journal La Lance et des sources hospitalières, le bilan serait beaucoup plus lourd: plus de 21 morts - le chiffre exact restant inconnu - et 87 blessés.

Mountagha depuis Dk

08.07.2006

Guinée Conakry : Un Etat en Faillite (Voyage au Coeur d'une République Malade)

Les grands reportages- Guinée Conakry : un Etat en

faillite- Voyage au cœur d`une république “malade”


 

Par Baldé Mountagha : "Changement aillées Pitié de La Population"

 

07/07/2006

Pitié maintenant la population Guinéen à souffaire chanque jour que Dieu fait minimum 15 à 18 personnes meur de faim.

 

Un sous-sol riche en minerais. Des dirigeants sans vision. Une population majoritairement pauvre qui assiste dans une résignation mal contenue,


l'agonie de son président et de ce qu'a été sa fière Guinée. Reportage au pays de Sékou Touré.

Vendredi 30 juin. Il est 18h 10. Le bœing 737 de la compagnie nigériane Belleview pointe son nez dans le ciel de Conakry. Dans les hublots, le littoral, étonnamment beau de la basse Guinée, offre son labyrinthe d'affluents de fleuves qui se jettent dans une mer joyeuse. Aéroport prétendument international de Conakry-Gbessia. Rien à voir avec l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan. Quand l'avion qui a accusé un retard de deux heures à l'étape de Lagos (c'est une tradition bien nigériane) vomit sa vingtaine de passagers, un bus vient se placer à la hauteur de l'échelle de coupée. Les non habitués s'étonnent. Les habitués y sautent. Un groupe d'Asiatiques ignore royalement le mastodonte. Ils n'ont pas tort parce qu'ils arrivent au salon d'enregistrement avant les passagers du bus. La distance ne vaut pourtant pas 50 mètres. "C'est pour éviter que les gens marchent sur le tarmac", explique quelqu'un dans le bus. Un habitué très décontracté. Un Guinéen. Au point de contrôle des visas, des agents de police sous le regard faussement d'un "commissaire" en civil, contrôle les identités. "Carte jaune !", aboie une femme de près de 50 ans portant une blouse blanche défraîchie. Ceux qui n'ont pas la fameuse carte (jaune) de vaccination doivent payer. Le groupe d'Asiatiques semble ne pas être intéressé par ces formalités. Sur un signe du "commissaire" tout sourire, ils passent tous, leurs passeports visés en main. Extraordinaire hospitalité (intéressée) guinéenne.

Bienvenue au pays
de la bauxite !
La première vue terrestre de Conakry, montre l'image d'une terre désolée. Terre rouge, atmosphère chaude. Le pays de la bauxite (2ème producteur mondial) s'ouvre au visiteur dans tout son pittoresque. "Change de Cfa, Dollar, Naira", lance un grand monsieur tenant un gros sachet noir en main. Il propose 45.000 francs guinéens (Gnf) pour 5000 Fcfa. Le vieux chauffeur de taxi qui nous a accosté dans le hall, nous pince discrètement. Le message est clair. Il nous souffle aussi discrètement que "quelqu'un peut changer 5000 Cfa à 50.000 Gnf". Ce quelqu'un se pointe quand nous montons à bord du taxi, un vieux véhicule poussif sans amortisseurs arrière. Il propose 49.000F Gnf pour 5000FCfa parce qu'il va "vendre ça à 50.000 Gnf pour avoir un bénéfice de 1000 Gnf". Marché conclu. La ville de Conakry avec ses cinq communes (Kaloum, Matam, Dixinn, Ratoma, Matoto) et ses 98 quartiers est une grosse bourgade de plus d'un million d'habitants. Les hommes et les femmes regagnent à pied leur domicile ou empruntent à 7 un taxi fait pour prendre 5 places ou s'engouffrent à 25 dans des "magbanan" (le "gbaka" local) de 18 places. Les bus sont rares et sont toujours bourrés. La nuit tombe mais les lampadaires tardent à s'allumer.

Beni soit le mondial !
Ils ne s'allumeront pas. Le courant électrique est une denrée rare en Guinée. Dans un pays où il n'existe aucun plan d'urbanisation (des quartiers entiers ne sont pas lotis mais ils ne sont pour autant pas classés dans la catégorie des bidonvilles), le courant électrique est distribué selon le bon vouloir des responsables d'Edg (Entreprise de distribution électrique de Guinée). "Depuis qu'il y a le Mondial, le courant n'est plus trop coupé", fait remarquer un jeune homme à l'hôtel où nous déposons nos bagages dans le quartier (loti) résidentiel de Minière. "C'est le quartier de Sidya Touré", ajoute, ce dernier qui rappelle que le premier Premier ministre post multipartisme de Lansana Conté est le maître d'ouvrage de l'extension du réseau électrique pendant ses trois années (1993-1996) passées à la Primature. Minière, c'est aussi le quartier de Ousmane Bah, le leader de l'opposition parlementaire. L'électricité n'est pas capricieuse ce vendredi. Ce sera ainsi pendant tout le Mondial. "L'entreprise de délestage de Guinée (allusion faite à Edg, Ndlr) a intérêt à filer doux", devrait laisser entendre dimanche un journaliste rencontré "en ville". Il raconte que le premier jour du Mondial, "au quartier Konimodouyah, dans la commune de Ratoma une foule de fieffés du football est descendue dans la rue pour protester contre les coupures intempestives du courant. Les mécontents ont brûlé sur la route des pneus et ont érigé des barrages. Ils criaient qu'ils voulaient le courant sinon ils casseraient tout. C'est la police qui les a dispersés". La menace a été prise au sérieux. Ainsi, une ou deux heures avant chaque match, le courant revient avant d'être interrompu au petit matin. Quand le Mondial finira, Edg renouera certainement avec ses premières amours de délestage chronique. Que dire de l'eau courante ? Exactement ce qu'on dirait du courant électrique. A la différence qu'ici, il n'y a pas de Mondial pour que les responsables de la Société des eaux de Guinée (Seg), fassent un effort.

Un pays en faillite
Edg et Seg sont les symboles achevés d'un Etat qui a cessé d'être. Un Etat malade. Au sens propre comme au figuré. Ce que le diplomate opposant Jean Marie Doré appelle le "non Etat". Le président Conté agonisant entraîne le pays dans sa lente agonie sans fin. La Guinée de Sékou Touré n'est plus qu'une banale république gérée comme un village soussou (ethnie du chef de l’Etat), où l'enterrement du chauffeur du président qui se passe en présence de tous les ministres; est présenté au journal de 20 heures et où la disparition de deux mallettes bourrées de fric sorti tout droit de la banque centrale, appartenant au président quoiqu'alimentant les conversations, passe pour être un fait normal. Pendant que les ministres et les membres du clan présidentiel roulent carrosse arrogante, multiplient mariages et baptêmes onéreux, le petit peuple crève de faim. "Notre sous-sol est riche, immensément riche mais regardez autour de vous, c'est la misère totale. Impossible d'acheter un jus de 1500 francs (150 Fcfa, ndlr) pour faire plaisir à sa fiancée". Ibrahim Diallo est amer. A côté de lui, la fiancée, une belle peulh aux dents toutes blanches, lui attrape la main et lui adresse un sourire pour marquer son assentiment. Ibrahim Diallo vient de finir ses études de médecine. A Taouyah où il vit avec ses frères et son père, un fonctionnaire polygame retraité, la famille arrive à survivre grâce à l'argent qu'expédie chaque fin de mois son aîné "allé se chercher en France". Il avait un autre frère qui s'était rendu à Abidjan "pour se chercher aussi", mais déclare-t-il avec une rage contenue dans les yeux, "les policiers l'ont tué. Il gérait la boutique d'un oncle à Yopougon. On ne sait pas ce qui s'est réellement passé".

Manifestations contre
la vie chère
Cette famille est princesse. Pour la majorité des Guinéens, les trois repas par jour sont une utopie. Le fonctionnaire moyen touche 300.000 Gnf. Avec l'inflation, cela fait 30.000 Fcfa. Quand il achète un sac de riz de 50kg à 125.000 Gnf, il ne lui reste plus qu'à louer une maison et à acheter son thé quotidien. C'est dans ce contexte que la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (Cntg) de dame Bah Rabiatou Sérah Diallo, soutenue par l'union nationale des travailleurs de Guinée (Untg) d'Ibrahima Fofana, a lancé le 08 juin dernier une grève générale qui a ébranlé le pays et fait onze morts officiellement, dix-huit selon d'autres sources. Ce dimanche matin, dans sa villa sise à Taouyah, celle qui a bravé le régime pendant onze jours (du 08 au 19 juin 2006), explique dans son salon surchauffé (le courant à cette heure était comme d'habitude interrompu) la situation : "Le pouvoir d'achat du travailleur est très faible surtout depuis qu'on a augmenté le prix du carburant à la pompe. Ensuite il y a l'inflation de la monnaie". Sans un soupçon de peur, alors que sa maison comme celles de la plupart des leaders du pays n'est pas gardée, elle déclare que "c'est un processus qui est déclenché". En terme syndical, cela veut dire que la grève peut reprendre à tout moment. En effet, il y a eu une première grève d'"avertissement" du 27 février au 3 mars. Les engagements pris par le gouvernement du Premier ministre démis Ceillou Diallo n'ont pas été honorés. Il s'agissait pour l'Etat d'augmenter progressivement les salaires, de réviser la Retenue totale sur le salaire (Rts), de signer le statut particulier de l'enseignant, etc. Trois mois après le faux bond du gouvernement, les syndicats ont remis ça.

Des morts
Le 12 juin, la grève a pris une tournure dramatique. Les examens du baccalauréat étaient prévus ce jour-là. Les enseignants ont fait savoir qu'ils entendaient bien boycotter l'examen parce qu'ils étaient en grève. Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Enseignement pré-universitaire Mamadou Bhoye Barry (le seul candidat d'un parti inconnu qui a légitimé l'élection en 2003 de Lansana Conté), déclarait la veille sur la base d'on ne sait quoi, que les examens auraient "bel et bien lieu" et que "toutes les dispositions ont été prises". C'était une mauvaise plaisanterie. Au rendez-vous du lundi 12 juin, point de surveillants. Mais des policiers partout. Les élèves désabusés se sont faits maîtres des rues et ont commencé à casser. Des pillards étaient de la partie. La police a dû charger. A balles réelles. Des morts. Le gouvernement n'a pas cédé pour autant. C'est une semaine plus tard que la délivrance est arrivée. Un protocole d'accord tripartite a été signé entre le gouvernement du presque Premier ministre Fodé Bangoura (nommé le 29 mai ministre d'Etat, ministre des Affaires présidentielles et coordonnateur de l'action gouvernementale, après le limogeage de Ceillou Diallo), les deux centrales syndicales et le patronat du tout-puissant Mamadou Sylla. Les trois parties conviennent entre autres de "relever la valeur indiciaire de 240 à 250 à compter du 1er juillet 2006, de 250 à 280 à compter du 1er janvier 2007", de donner aux travailleurs une indemnité de transport de 25.000 Gnf et "une indemnité de logement "à compter du 1er juillet 2006", de réduire dans les secteurs privé et mixte le taux d'indice de 10% sur la Rts". Sur la réduction du prix du carburant, cause de toutes les inflations, motus. Aucun accord n'a été trouvé. Concernant le prix du sac de riz, le gouvernement a fait savoir qu'il devrait être vendu à 85.000 Gnf. Du coup, la précieuse céréale a disparu des boutiques. Aucun commerçant ne veut vendre à perte. Par entraînement, la denrée devient rare et la situation prédit une prochaine hausse du prix du sac de 50kg. Au demeurant jusqu'au 4 juillet, le gouvernement n'avait pas encore fait face à ses engagements qu'il devrait honorer "à compter du 1er juillet 2006". "Le processus" pourrait reprendre là où il a été laissé le 19 juin dernier. En attendant, les Guinéens se lèvent résignés et fatalistes comme depuis le temps de Sékou Touré, le "sily" (éléphant) national, chaque matin en confiant leur journée à Allah et répètent ce qu'ils ont toujours répété : "gô, faut que ça finisse !".
André Silver Konan
Envoyé spécial à Conakry

Posté par Mountagha depuis Dakar

Contact: mountmane@hotmail.com

Un sous-sol riche en minerais. Des dirigeants sans vision. Une population majoritairement pauvre qui assiste dans une résignation mal contenue, l'agonie de son président et de ce qu'a été sa fière Guinée. Reportage au pays de Sékou Touré. Vendredi 30 juin. Il est 18h 10. Le bœing 737 de la compagnie nigériane Belleview pointe son nez dans le ciel de Conakry.

Dans les hublots, le littoral, étonnamment beau de la basse Guinée, offre son labyrinthe d'affluents de fleuves qui se jettent dans une mer joyeuse. Aéroport prétendument international de Conakry-Gbessia. Rien à voir avec l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan. Quand l'avion qui a accusé un retard de deux heures à l'étape de Lagos (c'est une tradition bien nigériane) vomit sa vingtaine de passagers, un bus vient se placer à la hauteur de l'échelle de coupée. Les non habitués s'étonnent. Les habitués y sautent. Un groupe d'Asiatiques ignore royalement le mastodonte.

Ils n'ont pas tort parce qu'ils arrivent au salon d'enregistrement avant les passagers du bus. La distance ne vaut pourtant pas 50 mètres. "C'est pour éviter que les gens marchent sur le tarmac", explique quelqu'un dans le bus. Un habitué très décontracté. Un Guinéen. Au point de contrôle des visas, des agents de police sous le regard faussement d'un "commissaire" en civil, contrôle les identités. "Carte jaune !", aboie une femme de près de 50 ans portant une blouse blanche défraîchie. Ceux qui n'ont pas la fameuse carte (jaune) de vaccination doivent payer. Le groupe d'Asiatiques semble ne pas être intéressé par ces formalités. Sur un signe du "commissaire" tout sourire, ils passent tous, leurs passeports visés en main. Extraordinaire hospitalité (intéressée) guinéenne.

Bienvenue au pays
de la bauxite !
La première vue terrestre de Conakry, montre l'image d'une terre désolée. Terre rouge, atmosphère chaude. Le pays de la bauxite (2ème producteur mondial) s'ouvre au visiteur dans tout son pittoresque. "Change de Cfa, Dollar, Naira", lance un grand monsieur tenant un gros sachet noir en main. Il propose 45.000 francs guinéens (Gnf) pour 5000 Fcfa. Le vieux chauffeur de taxi qui nous a accosté dans le hall, nous pince discrètement. Le message est clair. Il nous souffle aussi discrètement que "quelqu'un peut changer 5000 Cfa à 50.000 Gnf". Ce quelqu'un se pointe quand nous montons à bord du taxi, un vieux véhicule poussif sans amortisseurs arrière. Il propose 49.000F Gnf pour 5000FCfa parce qu'il va "vendre ça à 50.000 Gnf pour avoir un bénéfice de 1000 Gnf". Marché conclu. La ville de Conakry avec ses cinq communes (Kaloum, Matam, Dixinn, Ratoma, Matoto) et ses 98 quartiers est une grosse bourgade de plus d'un million d'habitants. Les hommes et les femmes regagnent à pied leur domicile ou empruntent à 7 un taxi fait pour prendre 5 places ou s'engouffrent à 25 dans des "magbanan" (le "gbaka" local) de 18 places. Les bus sont rares et sont toujours bourrés. La nuit tombe mais les lampadaires tardent à s'allumer.

Beni soit le mondial !
Ils ne s'allumeront pas. Le courant électrique est une denrée rare en Guinée. Dans un pays où il n'existe aucun plan d'urbanisation (des quartiers entiers ne sont pas lotis mais ils ne sont pour autant pas classés dans la catégorie des bidonvilles), le courant électrique est distribué selon le bon vouloir des responsables d'Edg (Entreprise de distribution électrique de Guinée). "Depuis qu'il y a le Mondial, le courant n'est plus trop coupé", fait remarquer un jeune homme à l'hôtel où nous déposons nos bagages dans le quartier (loti) résidentiel de Minière. "C'est le quartier de Sidya Touré", ajoute, ce dernier qui rappelle que le premier Premier ministre post multipartisme de Lansana Conté est le maître d'ouvrage de l'extension du réseau électrique pendant ses trois années (1993-1996) passées à la Primature. Minière, c'est aussi le quartier de Ousmane Bah, le leader de l'opposition parlementaire. L'électricité n'est pas capricieuse ce vendredi. Ce sera ainsi pendant tout le Mondial. "L'entreprise de délestage de Guinée (allusion faite à Edg, Ndlr) a intérêt à filer doux", devrait laisser entendre dimanche un journaliste rencontré "en ville". Il raconte que le premier jour du Mondial, "au quartier Konimodouyah, dans la commune de Ratoma une foule de fieffés du football est descendue dans la rue pour protester contre les coupures intempestives du courant. Les mécontents ont brûlé sur la route des pneus et ont érigé des barrages. Ils criaient qu'ils voulaient le courant sinon ils casseraient tout. C'est la police qui les a dispersés". La menace a été prise au sérieux. Ainsi, une ou deux heures avant chaque match, le courant revient avant d'être interrompu au petit matin. Quand le Mondial finira, Edg renouera certainement avec ses premières amours de délestage chronique. Que dire de l'eau courante ? Exactement ce qu'on dirait du courant électrique. A la différence qu'ici, il n'y a pas de Mondial pour que les responsables de la Société des eaux de Guinée (Seg), fassent un effort.

Un pays en faillite
Edg et Seg sont les symboles achevés d'un Etat qui a cessé d'être. Un Etat malade. Au sens propre comme au figuré. Ce que le diplomate opposant Jean Marie Doré appelle le "non Etat". Le président Conté agonisant entraîne le pays dans sa lente agonie sans fin. La Guinée de Sékou Touré n'est plus qu'une banale république gérée comme un village soussou (ethnie du chef de l’Etat), où l'enterrement du chauffeur du président qui se passe en présence de tous les ministres; est présenté au journal de 20 heures et où la disparition de deux mallettes bourrées de fric sorti tout droit de la banque centrale, appartenant au président quoiqu'alimentant les conversations, passe pour être un fait normal. Pendant que les ministres et les membres du clan présidentiel roulent carrosse arrogante, multiplient mariages et baptêmes onéreux, le petit peuple crève de faim. "Notre sous-sol est riche, immensément riche mais regardez autour de vous, c'est la misère totale. Impossible d'acheter un jus de 1500 francs (150 Fcfa, ndlr) pour faire plaisir à sa fiancée". Ibrahim Diallo est amer. A côté de lui, la fiancée, une belle peulh aux dents toutes blanches, lui attrape la main et lui adresse un sourire pour marquer son assentiment. Ibrahim Diallo vient de finir ses études de médecine. A Taouyah où il vit avec ses frères et son père, un fonctionnaire polygame retraité, la famille arrive à survivre grâce à l'argent qu'expédie chaque fin de mois son aîné "allé se chercher en France". Il avait un autre frère qui s'était rendu à Abidjan "pour se chercher aussi", mais déclare-t-il avec une rage contenue dans les yeux, "les policiers l'ont tué. Il gérait la boutique d'un oncle à Yopougon. On ne sait pas ce qui s'est réellement passé".

Manifestations contre la vie chère
Cette famille est princesse. Pour la majorité des Guinéens, les trois repas par jour sont une utopie. Le fonctionnaire moyen touche 300.000 Gnf. Avec l'inflation, cela fait 30.000 Fcfa. Quand il achète un sac de riz de 50kg à 125.000 Gnf, il ne lui reste plus qu'à louer une maison et à acheter son thé quotidien. C'est dans ce contexte que la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (Cntg) de dame Bah Rabiatou Sérah Diallo, soutenue par l'union nationale des travailleurs de Guinée (Untg) d'Ibrahima Fofana, a lancé le 08 juin dernier une grève générale qui a ébranlé le pays et fait onze morts officiellement, dix-huit selon d'autres sources. Ce dimanche matin, dans sa villa sise à Taouyah, celle qui a bravé le régime pendant onze jours (du 08 au 19 juin 2006), explique dans son salon surchauffé (le courant à cette heure était comme d'habitude interrompu) la situation : "Le pouvoir d'achat du travailleur est très faible surtout depuis qu'on a augmenté le prix du carburant à la pompe. Ensuite il y a l'inflation de la monnaie". Sans un soupçon de peur, alors que sa maison comme celles de la plupart des leaders du pays n'est pas gardée, elle déclare que "c'est un processus qui est déclenché". En terme syndical, cela veut dire que la grève peut reprendre à tout moment. En effet, il y a eu une première grève d'"avertissement" du 27 février au 3 mars. Les engagements pris par le gouvernement du Premier ministre démis Ceillou Diallo n'ont pas été honorés. Il s'agissait pour l'Etat d'augmenter progressivement les salaires, de réviser la Retenue totale sur le salaire (Rts), de signer le statut particulier de l'enseignant, etc. Trois mois après le faux bond du gouvernement, les syndicats ont remis ça.

Des morts
Le 12 juin, la grève a pris une tournure dramatique. Les examens du baccalauréat étaient prévus ce jour-là. Les enseignants ont fait savoir qu'ils entendaient bien boycotter l'examen parce qu'ils étaient en grève. Le gouvernement, par la voix du ministre de l'Enseignement pré-universitaire Mamadou Bhoye Barry (le seul candidat d'un parti inconnu qui a légitimé l'élection en 2003 de Lansana Conté), déclarait la veille sur la base d'on ne sait quoi, que les examens auraient "bel et bien lieu" et que "toutes les dispositions ont été prises". C'était une mauvaise plaisanterie. Au rendez-vous du lundi 12 juin, point de surveillants. Mais des policiers partout. Les élèves désabusés se sont faits maîtres des rues et ont commencé à casser. Des pillards étaient de la partie. La police a dû charger. A balles réelles. Des morts. Le gouvernement n'a pas cédé pour autant. C'est une semaine plus tard que la délivrance est arrivée. Un protocole d'accord tripartite a été signé entre le gouvernement du presque Premier ministre Fodé Bangoura (nommé le 29 mai ministre d'Etat, ministre des Affaires présidentielles et coordonnateur de l'action gouvernementale, après le limogeage de Ceillou Diallo), les deux centrales syndicales et le patronat du tout-puissant Mamadou Sylla. Les trois parties conviennent entre autres de "relever la valeur indiciaire de 240 à 250 à compter du 1er juillet 2006, de 250 à 280 à compter du 1er janvier 2007", de donner aux travailleurs une indemnité de transport de 25.000 Gnf et "une indemnité de logement "à compter du 1er juillet 2006", de réduire dans les secteurs privé et mixte le taux d'indice de 10% sur la Rts". Sur la réduction du prix du carburant, cause de toutes les inflations, motus. Aucun accord n'a été trouvé. Concernant le prix du sac de riz, le gouvernement a fait savoir qu'il devrait être vendu à 85.000 Gnf. Du coup, la précieuse céréale a disparu des boutiques. Aucun commerçant ne veut vendre à perte. Par entraînement, la denrée devient rare et la situation prédit une prochaine hausse du prix du sac de 50kg. Au demeurant jusqu'au 4 juillet, le gouvernement n'avait pas encore fait face à ses engagements qu'il devrait honorer "à compter du 1er juillet 2006". "Le processus" pourrait reprendre là où il a été laissé le 19 juin dernier. En attendant, les Guinéens se lèvent résignés et fatalistes comme depuis le temps de Sékou Touré, le "sily" (éléphant) national, chaque matin en confiant leur journée à Allah et répètent ce qu'ils ont toujours répété : "gô, faut que ça finisse !".

16.06.2006

GUINEE - Grève des enseignants : Les négociations piétinent

 Par Mountagha Baldé : Que est ce que la Guinée attend de cette dit Gouvernement qui ignore l'évolution de la Guinée et l'évolution de la Population. (un Fou qui Gouverne des aveugles ouvrer les yeux et sacher lé de cette photeil). La Population meur de faim toute la jeunnesse pense à l'aventure avec tout la Richerche sous-sols que la Guinée possède "22 ans au pouvoir" cette photeil n'est pas fait pour une seul individu. Retrouvons nous et combatton cette pouruture sur nous qui nous empêche d'aller à l'avant, nous devont pas soufrire avec une villeil photeil qui n'a plus de pied.

GUINEE - Grève des enseignants : Les négociations piétinent

Le gouvernement guinéen, après moult négociations avec les syndicats en grève, a décidé d’augmenter de 25 % les indemnités de transport et de logement à partir du 1er juillet 2006. Cette seule concession n’est pas du goût de l’inter-centrale Cntg-Ustg qui a tenu, hier, à la Bourse du travail son assemblée générale avec comme objectif de rendre compte aux travailleurs des négociations tripartites entre le gouvernement, les syndicats et la société civile.
Selon le rapporteur et secrétaire général adjoint de la Cntg, Amadou Diallo, ces déclarations n’engagent, pour le moment, que le gouvernement. «Nous n’avons encore rien arrêté avec le gouvernement. Ce n’est qu’un compte-rendu», ajoute-t-il.
Les revendications des grévistes portent sur le relèvement des salaires et accessoires, le soutien au pouvoir d’achat, la signature du décret portant statut particulier des enseignants, la baisse du prix du carburant, le relèvement du point d’indice de 240 à 330 et les tracasseries policières.
Pour le statut particulier de l’enseignant, si le gouvernement promet de le régler dans les plus brefs délais, les enseignants jurent de ne pas retourner en classe sans signature d’un accord. Dans la même lancée, selon le rapporteur, le gouvernement accepte le relèvement de l’âge de la retraite de 60 à 65 ans pour les cadres supérieurs et de 55 à 60 ans pour les cadres d’encadrement. Après lecture du compte-rendu des négociations avec le gouvernement, la salle où se tenait la réunion, en guise de protestation, scandera : «C’est faux ! Ce sont des menteurs.»
Parlant de leur mission à Genève, Amadou Diallo dira que le Bureau international du travail (Bit) ainsi que de nombreuses organisations syndicales du monde restent solidaires à leur mouvement d’humeur. S’agissant de la plainte contre le gouvernement dont les forces de l’ordre ont tiré des balles sur des manifestants, le rapporteur confirme que le Bit a reçu copie et diligentera la procédure.
Après bien d’explications, les salariés sont restés sur leur position : «Pas de levée du mot d’ordre de grève sans la satisfaction totale de nos revendications.» Certains syndiqués, prenant la parole, ont demandé aux délégués de ne pas se laisser intimider. Car, disent-ils, le gouvernement est un habitué de la manipulation et du mensonge. Déjà les enseignants, dans leur déclaration n°6, ont vivement condamné le meurtre d’enfants, survenu lundi dernier à Conakry et dans certaines villes du pays. «C’est le lieu d’inviter les dignes représentants de l’inter-centrale à la table de négociation à plus de détermination pour que le sacrifice ultime de ces nombreux adolescents fauchés par des balles meurtrières à la fleur de l’âge ne soit vain», indique le communiqué. La baisse du prix du carburant, qui constitue l’un des points d’achoppement, n’a toujours pas été abordée, car le gouvernement reste inflexible, à ce sujet. Depuis mercredi, les autorités du pays, par la voix du ministre d’Etat aux Affaires étrangères, multiplient les appels au soutien des pays amis à la Guinée, en vue de trouver une issue rapide à la crise.

GUINÉE: La police confirme la mort de onze manifestants

© Maseco Conde/IRIN
Jeunes manifestants dans les rues de Conakry pendant la grève générale
CONAKRY, le 16 juin (IRIN) - La police a confirmé la mort de onze personnes lors des incidents qui ont éclaté lundi entre les forces de sécurité et des manifestants qui protestaient contre les prix élevés de riz et du carburant et les faibles salaires des enseignants.

Au neuvième jour de grève, les autorités ont déclaré jeudi qu’elles enquêtaient sur les causes des décès. Les négociations entre le gouvernement et les principaux syndicats se poursuivaient vendredi.

Selon la police deux étudiants auraient l’un à Labé (Nord), et l’autre de Nzérékoré (Sud-est), des allégations réfutées par la presse locale qui affirme que plusieurs étudiants ont été tués après qu’un agent des forces de sécurité ait ouvert le feu sur des jeunes manifestants dans les rues de Conakry.

Le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan s’est dit très préoccupé par les informations faisant état de la mort d’une dizaine d’élèves pendant les manifestations. Et dans un communiqué publié mardi à New York, M. Annan a appelé les autorités guinéennes à faire preuve de retenue.

Les manifestations des élèves ont commencé lundi après que quelque 12 000 membres du syndicat des enseignants aient rejoint le mouvement de grève générale, empêchant ainsi les élèves de passer leurs examens de fin d’année. En réaction à cette décision des enseignants, le gouvernement a décidé d’annuler définitivement les examens.

Lundi et mardi, des émeutes ont éclaté entre les forces de l’ordre et des jeunes chômeurs, dans la banlieue nord de la capitale.

Jeudi, les travailleurs guinéens ont rejeté catégoriquement les propositions du gouvernement visant à mettre un terme à la grève.

Contrairement aux partis de l’opposition, les syndicats sont parvenus à inciter les Guinéens à manifester contre leur gouvernement. En effet, le mouvement de grève a largement été suivi. Les boutiques, les banques et autres commerces sont restés fermés et quelques voitures circulaient dans les rues de Conakry désertées par les véhicules de transport public.

Les syndicats exigent une baisse du prix du riz et du carburant, une augmentation des indemnités de transport et de logement pour les fonctionnaires et le paiement des arrières de salaire des enseignants.
Guinée-Conakry : La Police tire sur les étudiants !
Au moins neuf personnes ont été tuées après que les policiers et les militaires aient ouvert le feu sur des manifestants étudiants. Les étudiants étaient descendus dans la rue pour protester contre la suspension des examens provoquée par une grève générale contre la hausse des prix lancée jeudi dernier par les syndicats de l'opposition. À travers le pays, au moins quinze jeunes ont été tués par balles lors de heurts les opposant aux forces de l'ordre.
Lancée le 8 juin pour une durée illimitée et désormais mêlée de peur, la grève générale continue de paralyser les grandes villes du pays. Mercredi, la plupart des commerces, banques, administrations et établissements scolaires restaient fermés à Conakry où les forces de l’ordre patrouillaient dans des rues vides.
A Conakry, les manifestants ont mis à sac la villa du frère du président Conté. Selon une source proche de la police, une soixantaine de personnes prises en flagrant délit ont été interrogées. Un groupe a été surpris en train de tenter de voler une voiture sous la menace d'une Kalachnikov.
L'actuel appel à la grève générale illimitée a été lancé par les deux plus importants syndicats guinéens qui réclament une baisse du prix du carburant et d'importantes hausses de salaire. Pour bon nombre de fonctionnaires, le seul prix du transport sur leur lieu de travail est supérieur à leur salaire.

1 Situation géographique

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L’Afrique compte trois Guinées, avec chacune une langue officielle différente: français, portugais et espagnol. On distingue en effet :

 

1) la Guinée (245 857 km²) proprement dite appelée aussi Guinée-Conakry (francophone);
2) la Guinée-Bissau (36 125 km²) dite «Guinée portugaise» (
lusophone);
3) la Guinée équatoriale (28 051 km² ) ou «Guinée espagnole» (hispanophone) ou «Guinée espagnole» (hispanophone).

 

La langue officielle de chacun de ces pays résulte de l'histoire de la colonisation européenne (France, Portugal et Espagne).

 

 

La Guinée-Conakry, appelée officiellement république de Guinée, est un pays d'Afrique de l'Ouest borné par l'océan Atlantique, limité au nord-ouest par la Guinée-Bissau (lusophone), au nord par le Sénégal (francophone), à l'est par le Mali (francophone), au sud-est par la Côte d'Ivoire (francophone) et au sud par le Liberia (anglophone) et la Sierra Leone (anglophone). 

 

C’est un pays de 245 857 km², soit l’équivalant de 50 % approximativement de la surface de la France. La Guinée-Conakry comprend également les îles de Los au large de Conakry, la capitale. Plus de 1,5 million de Guinéens habitent Conakry qui est aussi une importante ville portuaire.

 

La Guinée-Conakry est divisée en quatre grandes régions (voir la carte détaillée): d’est en ouest, on trouve la Guinée maritime (en bordure de l’Atlantique), la Moyenne Guinée ou le Fouta-Djalon (au sud du Sénégal: de hauts plateaux aux nombreux cours d’eau désignés comme le «château d’eau» de l’Afrique), la Haute Guinée (une immense savane formant une zone de transition avec le Mali) et la Guinée forestière (région de montagnes couvertes de forêts à l’extrémité sud-est, près du Liberia).

 

2 Données démolinguistiques

 

Les quelque huit millions de Guinéens sont répartis en près d’une trentaine d’ethnies parlant chacune leur langue. Étant donné que le dernier recensement officiel basé sur les groupes ethniques remonte à 1955, soit avant l’indépendance (1958), il est malaisé de s’appuyer sur ces statistiques. Sur les bases de ces données, on pourrait affirmer que les Peuls (ou Poulars) constituaient le groupe ethnique numériquement le plus important (40 % en 1955), suivis des Maninkas (connus sous le nom de Malinkés: 35 % en 1955), des Soussos (15 % en 1955), puis des Guerzés, des Kissiens, des Tomas, des Landoumas, des Bagas, etc.

 

En Guinée-Conakry, l’appartenance à une ethnie se révèle d’autant plus complexe qu’il existe de nombreux «regroupements» (mixages) dont il faut tenir compte. En effet, on distingue les «assimilés» (par exemple les Bagas et les Landoumans par rapport aux Soussous), les «apparentés» (par exemple les Toucouleurs et les Peuls) et les sous-groupes (par exemple les Kourankos, les Leles, etc., par rapport aux Malinkés). On en arrive alors à des proportions différentes. Formant de 30 % à 35 % de la population, les Malinkés (Maninkas) et les «assimilés» constitueraient le groupe le plus important; ils seraient suivis de près par les Peuls et les Toucouleurs avec 30 %; viendraient ensuite les Soussous et «assimilés», puis les «forestiers» (ceux qui vivent dans la Guinée forestière), avec 18 %. Quant aux autres petites ethnies, elles ne représenteraient que 2 % à 3 % de la population. Quoi qu’il en soit, Peuls, Malinkés et Soussous constituent à eux seuls les trois quarts de la population.

 

Les trois principaux groupes ethniques se répartissent dans les quatre grandes régions géographiques de la Guinée. La Guinée maritime abrite près de 75 % des Soussos, mais on y trouve aussi presque toutes grandes les ethnies du pays, en raison de la présence de la capitale, Conakry, qui attire les Guinéens. Dans la région du Fouta-Djallon ou Moyenne Guinée, on trouve 80 % des Peuls et 14 % des Malinkés; ces derniers sont plus nombreux en Haute Guinée (45 % d’entre eux). Quant à la Guinée forestière, elle abrite surtout des Malinkés (35 % d’entre eux), mais aussi des petites ethnies telles que les Kissiens, les Tomas, les Guerzés, etc.

 

Les Guinéens utilisent essentiellement des langues nigéro-congolaises, telles que le poular (32 %) parlé par les Peuls, le maninka (24 %) parlé par les Malinkés, le soussou (10 %), le guerzé (3,8 %), le kissi (3,5 %), le toma (1,8 %), le dialonké (1,8 %), etc.

 

Le français est la langue officielle du pays, mais seulement de 15 % à 25 % des Guinéens le pratiquent; dans les campagnes éloignées, cette langue demeure à peu près inconnue. Le français sert de langue véhiculaire entre les ethnies, mais également le poular, le malinké et parfois le soussou. Pour ce qui est de la langue arabe, cette langue n'est employée que par les adeptes du Coran. Au point de vue religieux, les musulmans sont nettement les plus nombreux en Guinée, avec près de 85 % d’adeptes dans la population. On compte 5 % de Guinéens adeptes des religions traditionnelles animistes et 4 % de chrétiens (dont 3 % de catholiques et 1 % de protestants évangéliques).

 

3 Données historiques

 

Les Nalous et les Bagas peuplèrent la région dès le VIIIe siècle, et furent rejoints au XIe siècle par les Jalonkés d'origine mandée. Ils furent suivis par les Peuls et les Mandingues, qui arrivèrent entre le XVIe et le XVIIIe siècle, en apportant l'islam. Au XIIe siècle, la région fit partie de l’empire du Ghana et de celui du Mali. Ce dernier connut son apogée au XIVe siècle; il s'étendit du nord et de l'est de la Guinée à Tombouctou (Mali), avant de péricliter au siècle suivant.

 

3.1 L’arrivée des Européens

 

En vertu du traité de Tordesillas (1494) qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal, le page Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à s'entendre sur le partage du monde: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte du traité). En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l'Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. Les autres pays de l'Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle. 

 

Les Portugais furent les premiers Européens, au XVe siècle, à longer les côtes de la Guinée et à entrer en contact avec les populations qui s'y trouvaient. Ils installèrent des comptoirs et pratiquèrent le commerce des épices, de l’huile de palme, l'or, de l'ivoire et... la traite des esclaves. La toponymie conserve encore leur marque (Rio Nuñez, Rio Pongo, Cap Verga, etc.) et plusieurs familles ont hérité de leurs noms (Fernandez, Gomez, etc.). Mais les Portugais entrèrent très tôt en compétition avec les Britanniques et les Français. Ils se trouvèrent rapidement circonscrits dans ce qui est devenu aujourd’hui la Guinée-Bissau. Les Britanniques finirent par se contenter sans trop de difficultés de la Sierra Leone. Puis, en une quarantaine d’années, l’impérialisme français supplanta ses rivaux dans la région en étendant sa zone à partir de la côte maritime en direction du Fouta-Djallon et de la Haute-Guinée. Les autochtones ne connurent d’abord l’écriture que par l'alphabet arabe: une transcription de la langue peule en caractères arabes apparut d'ailleurs au cours du XVIIIe siècle, mais cette arrivée dans le monde de l'écriture fut ralentie sérieusement par l'invasion des forces coloniales.

 

Le Français Gaspard-Théodore Mollien découvrit la Moyenne-Guinée (Fouta-Djalon) et la ville de Timbo en 1818; pour leur part, l'Anglais Gordon Laing (1826) et le Français René Caillié (1828) atteignirent Tombouctou au Mali. En 1840, l'amiral français Bouet-Willaumez (1808-1871), futur gouverneur du Sénégal, signa les premiers traités avec des chefs locaux de la Guinée. En 1880, le Français Olivier de Sanderval jeta les bases de la colonisation européenne dans la région. Dans les années 1880, l'almamy (souverain) d’origine malinkée, Samory Touré, équipé d'armes modernes, prit le contrôle de l'intérieur du pays. En 1884-1885, suite à un accord entre les puissances coloniales de l’époque (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Portugal), la conférence de Berlin reconnut les «droits» de la France sur la région.

 

3.2 La colonisation française

 

Le territoire de la Guinée devint une colonie française en 1893 et fut intégré à l'Afrique occidentale française (AOF) en 1893. Mais l'almamy Samory Touré mena une guerre organisée contre l'occupation française sur la côte et dans les massifs montagneux du Sud-Est, jusqu'à ce qu'il fut vaincu en 1898. Fait prisonnier en 1898, il fut déporté au Gabon où il mourut en 1900. Il fut l'un des derniers héros de l'histoire précoloniale du pays. Les résistances à l’occupation française continuèrent et ne cessèrent qu’en 1912, lors de la «pacification» de cette zone érigée en région militaire depuis 1899. Finalement, l'émiettement en multiples chefferies rivales facilita l'emprise française sur le pays. Mais les excès militaires français provoquèrent en 1911 une révolte des Guerzé et des Manons, qui fut réprimée avec une très grande brutalité.

 

La France imposa un système d'administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. Le français devint la langue de l’Administration. La plupart des documents officiels ne furent pratiquement jamais connus de la part des intéressés, sauf lorsqu’ils furent occasionnellement traduits dans un «dialecte local». Près de 95 % des Guinées ne fréquentaient pas l’école et ignoraient par conséquent le français. Cependant, le français était très répandu auprès de l’élite guinéenne qui n’hésitait pas au besoin à écourter les études coraniques de leurs enfants pour leur faire suivre leurs cours à l’école française.

 

La mise en valeur du pays demeura le fait des Français, car les autochtones ne fournirent que la main-d’oeuvre à bon marché, notamment dans l’exploitation de la bauxite. Les sociétés françaises monopolisèrent les cultures d'exportation et les multiplièrent. Évidemment, l'exploitation des ressources naturelles s'orienta vers les besoins de la Métropole, ce qui suscita très tôt un syndicalisme très politisé, surtout dans les centres industriels et portuaires, qui se transforma en mouvements contestataires. Pendant les deux guerres mondiales, la Métropole fit largement appel aux soldats guinéens: 36 000 furent mobilisés en 1914-1918 et près de 18 000 en 1939-1945.

 

La Guinée française devint par la Constitution française du 7 octobre 1946 un «territoire d'outre-mer». À la fin de l’empire colonial français, le taux de scolarisation des «indigènes» restait inférieur à 12 %. Cette situation cachait aussi d'importantes disparités entre les sexes (par exemple, moins de 10 000 filles sur 45 000 enfants scolarisés), les milieux urbains et ruraux (dits «de brousse»), les différents groupes sociaux (fonctionnaires, artisans, ouvriers et manoeuvres, paysans) et religieux (par exemple, écoles coraniques et les écoles privées catholiques), sans parler des régions géographiques. L'enseignement supérieur demeurait inexistant. Puis, inévitablement, une conscience politique anticoloniale se développa pour s'affirmer avec force après la Seconde Guerre mondiale.

 

3.3 Vers l’indépendance

 

En 1952, Ahmed Sékou Touré, arrière-petit-fils de Samory Touré, mena des activités politiques afin d’obtenir davantage de représentants africains dans le gouvernement local. Il fonda le Parti démocratique de Guinée dont il fit une organisation populaire fortement structurée. Lors du référendum du 28 septembre 1958, la Guinée fut le seul pays de toute l'Afrique francophone à rejeter la proposition du général de Gaulle concernant l'intégration des colonies de l'Afrique occidentale française au sein d’une éventuelle Communauté française. Sékou Touré, qui était convaincu que la France ne pourrait durablement ostraciser une Guinée si riche en produits miniers, demandait à sa population de voter NON au projet d'intégration à la Communauté française. Dans son discours au général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958, Sékou Touré, alors vice-président du Conseil de gouvernement, déclara:

 

Le projet de Constitution ne doit pas s'enfermer dans la logique du régime colonial qui a fait juridiquement de nous des citoyens français, et de nos Territoires, une partie intégrante de la République française Une et Indivisible. Nous sommes africains et nos Territoires ne sauraient être une partie de la France. Nous serons citoyens de nos États africains, membres de la Communauté franco-africaine.

Mécontente de la décision guinéenne après son vote négatif lors du référendum du 28 septembre (1958) sur la Communauté, la France suspendit immédiatement son aide (contrairement à ce que croyait Sékou Touré). En un mois, l'administration guinéenne se vit privée de tous les techniciens et fonctionnaires français, y compris les médecins, les infirmières, les enseignants, les responsables de la sécurité aérienne, etc. Pendant que les présidents Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et Léopold Sédar Senghor du Sénégal se comptaient parmi les défenseurs les plus acharnés de la Francophonie, Sekou Touré, lui, continuait d’exiger pour son pays l’indépendance immédiate et totale, et proclamait haut et fort que la Francophonie constituait une «nouvelle forme de domination coloniale». Paris tentera d’empêcher l’admission du nouvel État aux Nations unies.

 

3.4 Le régime autoritaire de Sékou Touré

 

La Guinée accéda à l'indépendance le 2 octobre 1958. Quant à Sékou Touré, il devint un héros en donnant naissance au mythe du «nationaliste intransigeant», tandis que la Guinée devint le symbole de la «dignité africaine retrouvée». Très populaire dans son pays comme dans toute l’Afrique, Sékou Touré fut, en tant que premier président de la Guinée, le grand «responsable suprême» du pays. Il mit aussitôt en oeuvre une politique de «panafricanisme» impliquant la «décolonisation intégrale de toutes les structures du pays», afin d’instaurer une «société socialiste».

 

- La révolution culturelle

 

Avec Sékou Touré, la Guinée porta dorénavant le nom de République populaire révolutionnaire de Guinée. L’une des toutes premières «décisions législatives» adoptée au lendemain de l'indépendance peut nous donner une idée du caractère autoritaire du nouveau régime en place. Voici le texte de l’ordonnance du 2 octobre 1958 destinée simplement à contrer le vol dans le pays:

 

Article 1er - Tout individu coupable de vol sera condamné à des peines de trois à dix ans de prison. Article 2 - Les peines infligées pour vol seront effectuées dans un pénitencier et les condamnés seront astreints à des travaux de force. Article 3 - La peine pourra être élevée à quinze ans en cas de récidive. Article 4 - Les vols commis soit la nuit, soit par effraction, soit par escalade, soit en bande, soit avec arme, soit avec menaces, soit avec violences, seront punis de la peine de mort. Article 5 - Le propriétaire qui, en défendant son bien, aura occasionné la mort d'un ou de plusieurs voleurs, bénéficiera de l'excuse absolutoire. Article 6 - Quiconque aura occasionné par sa faute la mort d'autrui sera condamné à la peine de mort, à moins qu'il ne lui soit reconnu des circonstances atténuantes. Article 7 - Quiconque par son imprudence aura occasionné la mort d'autrui sera condamné à la peine de mort, s'il est avéré que cette imprudence a été la cause principale ayant entraîné le décès. Article 8 - La présente ordonnance sera appliquée provisoirement pendant la période qui sera jugée déterminante pour entraîner les améliorations envisagées par le gouvernement. Article 9 - La présente ordonnance sera publiée et communiquée partout où besoin sera.

Avec la révolution culturelle, les fonctionnaires du gouvernement devaient répondre au téléphone en disant d’abord: «Allô! Prêts pour la révolution!». Au cours de l'année 1960, Sékou Touré ordonna une destruction massive de livres, journaux, documents administratifs, juridiques, archives, etc., dans tous les services publics. Les archives furent pillées et vidées, et tous les autres documents furent brûlés sous le contrôle d'un agent de la sécurité. Par la suite, l'importation de livres et de journaux étrangers fut interdite pour les particuliers. L’une des émissions les plus écoutées à l’époque par les Guinéens, la Revue de presse, fut supprimée pour être remplacée par la Causerie du président où il était le seul à parler. Dans les campagnes, les radios rurales durent adopter une «approche personnelle» en langues nationales pour communiquer avec la population. Comme on pouvait bien s’y attendre, la révolution passait aussi par la langue... et par l’école.

 

- La réforme scolaire

 

En 1958 déjà, le gouvernement avait pris la décision d'«adapter les structures de l'éducation aux nouvelles réalités nationales» dans le but d'instaurer un «enseignement démocratique et populaire». La réforme ambitionnait de «scolariser tous les enfants du pays à partir de l'année scolaire 1964-1965». Toutefois, c’est à partir de 1968 que Sékou Touré appliqua sa politique linguistique d’africanisation et entreprit de réformer l’éducation dans les écoles primaires.

 

La Commission nationale d'alphabétisation fut créée. Après avoir codifié le premier alphabet guinéen (sans trop de rigueur scientifique), la commission choisit huit langues nationales (malinké, soussou, peul ou poular, kissi, basari, loma, koniagi et kpellé) sur une vingtaine et élabora des syllabaires dans plusieurs autres langues nationales. Les objectifs portèrent sur deux points importants: la réforme de l’enseignement destiné à assurer les liens entre «l’école», «la vie» et «la production», et à alphabétiser les adultes dans les langues nationales. En tout, il y eut une bonne vingtaine de réformes en éducation. La Direction nationale d'alphabétisation produisit une documentation importante afin de subvenir aux besoins des différentes matières enseignées dans les écoles. Par ailleurs, de nombreuses publications en langues nationales furent rédigées par les enseignants guinéens.

 

Dans les premières années de la réforme, les apprentissages de base (lecture, écriture, calcul) se faisaient dans l'une des langues nationales au cours de la première année, alors que le français n'était abordé qu'à l'oral. Puis, au cours des trois années primaires suivantes, les élèves passaient progressivement du français comme matière enseignée au français en tant que langue d'enseignement. Les langues nationales suivaient le processus inverse: de langue d'enseignement, elles devenaient des matières d’enseignement. À l’époque, cette réforme scolaire fit passer Sékou Touré pour un précurseur dans toute l’Afrique.

 

Par la suite, la «révolution culturelle socialiste» modifia la politique adoptée dans les programmes d'enseignement. Le français cessa net d'être la langue d'enseignement au primaire. Dans chaque région, la langue «dominante» dut être enseignée dans les écoles (primaires). Par exemple, les élèves étudièrent en soussou en Guinée maritime, en poular au Fouta-Djalon, en malinké en Haute-Guinée, en kissi, en toma, en guerzé en Guinée forestière, etc. Ainsi, les langues nationales choisies devinrent des langues d'enseignement à la place du français, et ce, de la 1re à la 8e année, ainsi qu’une discipline de la 9e année à l'université. Les mémoires de fin d'études supérieures en langues nationales ou traitant des langues nationales enrichirent la documentation de l'Académie des langues de la Guinée.

 

Les résultats de cette «révolution culturelle» se révélèrent décevants. D’une part, les langues nationales étaient handicapées du fait qu’elles n’avaient jamais servi dans les communications écrites, notamment dans les sciences et les techniques; il fallait recourir au français. La formation des maîtres entraîna d'énormes problèmes, car les anciens instituteurs durent apprendre à lire et écrire dans une langue nationale pour se rendre compte que les manuels scolaires ne suivaient pas. En effet, l'unique imprimerie de Conakry ne peut jamais suffire à la tâche et la plupart des manuels préparés par les chercheurs en pédagogie restèrent à l'état de manuscrits, dans les tiroirs. Finalement, le nombre des langues d'enseignement passa de huit à six. On peut attribuer l'échec de la politique linguistique de Sékou Touré à plusieurs causes: une réforme bâclée et improvisée, la rareté des manuels scolaires et l'insuffisance de la formation des maîtres. 

 

Par ailleurs, afin de faire face à la scolarisation d'une nombreuse jeunesse, le gouvernement de Sékou Touré imposa «l'enseignement de masse». Or, cet enseignement fut mal reçu par la population. En effet, une classe pouvait comporter jusqu’à 200 élèves ou plus, les «travaux champêtres» et l'idéologie socialiste absorbaient les trois quarts du temps, les élèves étaient notés collectivement (non individuellement), les salles de classe ne d